18 août 2017
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L’ancien Hôtel de ville

7 juil. 2014

L’ancien hôtel de ville de Saint-Denis est inauguré en grande pompe le 21 avril 1860, en présence des plus hautes personnalités de l’île, le gouverneur Émile Darricau, l’évêque Monseigneur Maupoint, le maire Gibert-Desmolière. Lorsque le régime municipal est instauré à Bourbon en juillet 1790, le maire a ses bureaux aux étuves (emplacement actuel du grand marché). Les services municipaux s’installent en 1831 dans une maison particulière, l’emplacement Azéma dont la municipalité fera l’acquisition en 1838. Le souhait initial était de trouver une parcelle pour situer l’Hôtel de Ville dans le « vieux carré » qui concentre les affaires et la majorité des bâtiments administratifs.

La première pierre est posée en 1846, mais les vicissitudes politiques et financières vont empêcher les travaux. Il faudra attendre le second Empire pour voir la reprise du projet. Le gouverneur Hubert-Delisle encourage la construction. Lors de l’investiture d’un nouveau conseil municipal présidé par Gustave Manès, le 24 février 1854, le chef de la colonie ne cache pas ses vues : « Les grands actes de la vie civile des citoyens de la capitale, vos délibérations, tout enfin s’accomplit dans une salle de location fort peu convenable. Vous verrez s’il n’y a pas lieu de déposer une seconde pierre sur cette première car l’érection de l’hôtel de ville sera la preuve de l’attachement que vous porterez à ces libertés antiques et primordiales dont on est toujours fier, j’entends les libertés municipales ».

Le financement débute par un emprunt de 400 000 francs contracté auprès de trois grands négociants de la place. L’emprunt est garanti sur le centime additionnel perçu sur les rhums et sur l’octroi de mer crée en décembre 1850. Les travaux vont durer plus de cinq années, mais le résultat est à la hauteur des espérances. En 1860, le nouvel hôtel de ville est le centre de l’activité municipale, il abrite également la bibliothèque publique, la chambre de commerce et le commissariat de police (ico hôtel de ville de Saint-Denis, Roussin, 1861). L’Hôtel de Ville est construit sur un plan carré de 37 m de côté. Les plans suivent dans les grandes lignes l’avant-projet de 1843 dessiné par Pierre Georges Grenard.

... et ses particularités.

L’édifice est entouré dès l’origine par une grille en fonte de fer scellée sur un soubassement de pierres de taille. La reprise du vocabulaire néo-classique est commune à celle généralement en vigueur sur les édifices publics métropolitains pendant la première moitié du 19e siècle. Chaque façade est ordonnancée par onze travées. Les deux façades donnant sur les voies de circulation (rue de Paris et rue de la Compagnie) sont rythmées par le même principe décoratif. Toutes les ouvertures au rez-de-chaussée sont en arc en plein cintre. Les ouvertures à l’étage possèdent un couvrement en plate-bande (le même principe est valable pour les élévations ouest et sud, non orientées sur les voies de circulation). Les élévations donnant sur les voies de circulation offrent une modénature plus riche. Les deux façades sont munies d’avant corps centraux à cinq travées, rythmées au rez-de-chaussée par des colonnes d’ordre toscan. Les pilastres des travées latérales reprennent le même ordre (même principe à l’étage). Les colonnes du premier étage sont d’ordre ionique. Les deux avant-corps sont couronnés d’une balustrade en terre cuite.

Les carreaux de marbre noirs et blancs, les chapiteaux et les balustres en terre cuite, de l’Hôtel de Ville viennent des fournisseurs du chantier du « Château Morange », qui s’édifie dans le même temps, Boulevard Doret. L’édifice est remarquable par le soin apporté aux pièces intérieures. Au premier étage, le grand salon occupe tout le long de la façade sur la rue de Paris. C’est sans conteste la pièce publique la plus vaste (300m2) et la plus luxueuse de la colonie en cette seconde moitié du 19e siècle. Le grand salon est la pièce d’apparat et de réception de l’Hôtel de Ville.

Lors de son discours inaugural, le gouverneur Darricau ne manque pas de présager l’avenir festif et prestigieux du vaste espace aux airs de « Galerie des glaces » : «  (...) Dans cette salle où nous sommes assemblés, et où le luxe, soumis aux lois du bon goût, se révèle à chaque pas, où se trouve réunie l’édilité de la colonie, il est impossible que les idées ne se fixent pas immédiatement sur la splendeur des fêtes qui y seront données, sur les plaisirs qui les accompagnent. Elle deviendra un point de réunion, un rendez-vous auquel personne ne voudra manquer. Il suffira de se voir et de se réunir pour désirer se voir et se réunir encore (...) car cette salle est la salle des fêtes  ».

Après restauration, le grand salon retrouve en 2001 son aspect de la seconde moitié du XIXe. Ce décor Napoléon III est unique à La Réunion. La cour intérieure de l’Hôtel de Ville est formée par la disposition en « U » de l’édifice. Elle est fermée par une galerie à deux niveaux. La balustrade en terre cuite est similaire à celle qui compose les avant corps des façades principales donnant sur rue. Dans les années 1860, une fontaine monumentale vient agrémenter la cour. Elle provient des fonderies d’art Ducel et représente sous une vasque, une reproduction des Trois Grâces du monument funéraire contenant le coeur de Henri II, oeuvre du sculpteur de la renaissance Germain Pilon (1525 env.-1590), conservée au Musée du Louvre. Elle fut offerte par le maire, Gustave Manès, avec celle qui décore le parvis de la Cathédrale. Cette fontaine qui devait être placée devant l’édifice religieux, le fut dans le patio de la mairie, à cause de la lascivité des jeunes filles représentées, susceptibles de choquer les passants. Ainsi les symboles de l’entreprise et de la spiritualité furent inversés par rapport à leur destination première.

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fontaine patio de l’ancien Hôtel de ville

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