23 août 2017
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Le Jardin de l’Etat

7 juil. 2014

Le Jardin de l’État
(entrée principale en haut de la rue de Paris -Place de Metz - CLMH 1978 en totalité )

« Aussi le jardin est-il devenu un endroit des plus agréables où, à la tombée de la nuit, beaucoup de familles vont se délassaient des fatigues de la journée ; les jeunes gens, folâtrer dans quelques allées solitaires ou à l’abri de charmant berceau de verdure ; et les hommes de lettres, puiser des inspirations loin du bruit de la ville. Si donc l’étranger veut d’un coup d’oeil sur et prompt faire connaissance avec la population dionysienne, il se rendra le dimanche, de cinq à six heurs du soir, au jardin botanique. Là, il verra d’éclatant carrosse stationnant sur la place, à l’entrée ; il admirera au milieu des allées, allant et venant, de belles toilettes, de riches parures, en un mot toute la population opulente attirée par des morceaux de musique gais, brillants, exécutés par la milice. »
Charles Leal, 1877

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La fondation

Vers 1761 fut établi par les autorités, un grand jardin d’acclimatation et de naturalisation des plantes étrangères apportées à l’île Bourbon. Situé au sud de la boulangerie de la Compagnie du Bas de La Rivière, ce jardin est victime des grandes crues de la Rivière Saint-Denis. Honoré de Crémont décida de le transférer sur un terrain plus spacieux et mieux adapté aux cultures d’acclimatation. L’emplacement est choisi sur un espace appartenant à l’État qui se situe à l’extrémité de la rue Royale (rue de Paris actuelle). La situation est idoine à une perspective urbaine harmonieuse en positionnant le jardin colonial dans l’axe de sa rue principale tout en créant pour l’époque une limite sud de la ville. Le transfert a lieu entre 1766 et 1773 et le plan de la ville dressé en 1774 par le Chevalier Banks mentionne le jardin du Bas de la Rivière comme "ancien jardin de l’État". Outre le fait de servir de « rempart » entre la population huppée du Centre ville et le camp des Noirs du Roi. Le nouveau site était sans conteste plus accessible aux promeneurs de la ville.
Le jardin d’acclimatation a pour principal objectif d’introduire des plantes de cultures spéculatives et de les diffuser auprès des habitants si les essais s’avéraient concluants. Le jardin participe à l’embellissement la ville. Sa mission est également scientifique, en contribuant à l’accroissement général des connaissances. Il sert aussi de relais à la diffusion de ces plantes dans les autres colonies. L’ordonnateur Honoré de Crémont construit le nouveau "jardin de l’intendance" avec la précieuse collaboration de son illustre collègue Pierre Poivre, alors Intendant Général des îles de France et de Bourbon. Le Jardin des Pamplemousses à l’Ile de France et le Jardin de l’Intendance à Saint-Denis furent donc crées à la même époque. Poivre ne fit pas de la figuration pour le jardin de l’État et y travailla beaucoup, notamment par ses correspondances avec Joseph Hubert, qui acclimate dans sa propriété de Bras Madeleine (Saint-Benoît), arbres fruitiers et épices.

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L’âge d’or

Le jardin de l’État va connaître un âge d’or marqué par la présence des illustres jardiniers botanistes que furent Nicolas Bréon et Jean Michel Claude Richard. Bréon fait sa formation de jardinier au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. En 1815, il devient botaniste de la Marine française. Il arrive à Bourbon en 1817 avec une riche collection de graines et d’arbres fruitiers d’Europe, sélectionnés par les soins des professeurs du Muséum de Paris. L’architecture de ce jardin "à la française" s’inspire de la manière du fameux jardinier de Louis XIV à Versailles, André Le Nôtre, toutes proportions gardées. Il relance le jardin dans sa vocation initiale de jardin d’acclimatation.
Il se déplace dans l’Océan Indien. En 1823, il est mandaté par le gouverneur Henry Saulce de Freycinet pour une expédition au Yemen dans le but de renouveler les caféiers de Bourbon qu’on dit dégénérés. Il s’informe sur les méthodes culturales et de transformations dans des contrées telles que Descheval, Ouden,... Il rapporte cinq quintaux de café en coque et ramène également des graines de faux teck d’Arabie (Cordia amplifolia) destinées à la couverture des champs de caféiers au lieu des Bois noirs qui périssaient et qui étaient suspects de transmettre des maladies et des insectes nuisibles aux caféiers. Le jardin remplit alors pleinement ses missions d’acclimatation, de multiplication et de diffusion de plantes utiles à l’économie agricole de l’île. En 1829, il est remplacé par un autre éminent jardinier botaniste, Jean-Michel Claude Richard qui restera en fonction jusqu’à sa mort en 1869. Remarqué par Bonaparte, il organise le jardin du Corso à Rome puis ceux de Fontainebleau. Au jardin de Saint-Denis, Richard assure la continuité de la correspondance internationale conduite par Nicolas Bréon. Il introduit et multiplie des plants de la pépinière enrichissant le jardin de plus de 3000 espèces. Cette vocation d’acclimatation va entrer rapidement en incompatibilité avec l’usage de jardin public affecté à la promenade, aux manifestations festives et foraines. Fonctions principales qui perdurent aujourd’hui.

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